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Encore des années d’attente pour que le sud haut-marnais se dote d’un parc national

Il sera peut-être le onzième parc national français. 10 000 hectares de forêts. Des hêtres, des chênes et autres feuillus à perte de vue. De charmants villages aussi. L’idée de créer un parc national à cheval entre la Champagne et la Bourgogne fait son chemin depuis quelques années. Lancé en 2009 par François Fillon, alors Premier ministre, ce projet vise à préserver la biodiversité de cette partie de la Haute Marne, dans le nord-est de la France.  Chasseurs, populations, entrepreneurs, hommes politiques, chacun y trouve son compte. À ce jour, sa mise en place se poursuit encore. Etat des lieux.

Les premières impressions sont plutôt prometteuses. La règlementation sur la chasse et la coupe de bois –qui existait bien avant le projet de parc-  a permis de maintenir l’équilibre entre l’Homme et la Nature dans la région. Le plateau de Langres abrite en effet l’une des forêts les mieux préservées du pays. Alors que l’économie locale bat de l’aile, l’idée de passer au tourisme vert séduit. La Haute Marne perd de sa population faute de pouvoir lui fournir du travail. Instaurer un parc dans la région permettrait de renverser cette tendance et les habitants en sont conscients.

En 2010, un groupement d’intérêt public (GIP) est créé autour de la question du parc. Il rassemble deux cents personnes morales réparties en trois collèges : État et établissements publics, collectivités territoriales, société civile. Son périmètre d’intervention correspond à l’étendue potentielle du parc. Il concerne 113 communes dont 106 adhèrent déjà au GIP. C’est donc fort de l’adhésion des populations locales et des différents partenaires que le projet évolue. Pourtant le processus est encore long. Catherine Boussard, membre du GIP indique :

« Il faudra au moins dix ans avant de voir le projet aboutir compte tenu des contraintes administratives. Pour le moment, le projet de parc est vu comme une bonne chose. On fantasme un peu sur tous les avantages que ça pourra apporter. Il faudra l’établissement d’une charte pour que tout soit bien clair pour les gens. »

Le tracé du futur parc englobe des régions habitées. Dans ces forêts giboyeuses, depuis des siècles, la chasse occupe une place importante. Ces deux facteurs semblent d’emblée antinomiques avec la notion d’espace naturel protégé. En réalité, le projet vise à créer une symbiose entre l’homme et la nature. Trouver un équilibre entre la nécessité de sauvegarder l’écosystème tout en permettant aux populations riveraines d’exploiter rationnellement la forêt. Michel Petit, chasseur à Arc en Barrois, s’inscrit dans cette logique. Il est favorable au parc. Il explique :

« Nous les chasseurs ne sommes à priori pas hostiles au parc. Parce que la présence du Parc National impliquera des mesures sévères vis à vis du braconnage par exemple qui sévit actuellement. Et puis de toute façon, on fera toujours appel aux chasseurs pour réguler les populations d’animaux. »

Pour une activité économique et culturelle meilleure

Investir dans l’économie verte en Haute-Marne, c’est le pari qu’a tenté Jean-Claude Volot en venant s’installer à Auberive. Cet entrepreneur a racheté une ancienne abbaye qu’il a transformée en galerie d’art. Il a joué un rôle important dans le projet de parc. Son action a notamment permis d’inclure les forêts d’Auberive dans le tracé. Elles n’en faisaient pas partie à l’entame du projet. Jean-Claude Volot explique sa vision du projet ainsi que du tourisme vert dans la région :

« Je me suis étonné de la pauvreté des gens et du village. Donc, j’ai cherché avec les élus locaux à regarder des idées pour essayer de faire du développement. J’ai choisi deux choses naturelles ici. Premièrement, le développement de la filière bois et puis la filière touristique mais à caractère fortement écologique. Je m’étais rendu compte que le paysage était extraordinaire, la nature très préservée. »

Il ajoute :

« Et puis j’ai été élu président de la communauté de communes d’Auberive et je suis tombé sur un vieux dossier qui avait une quinzaine d’années ; un projet de parc entre Champagne et Bourgogne qui avait échoué. J’ai trouvé ça intéressant mais j’ai d’abord cherché les raisons pour lesquelles ça avait échoué. Je suis tombé sur des raisons bassement politiques et d’intérêts politiques. Je suis allé voir beaucoup de petits maires, 81 maires en tout. L’idée a été très très bien reçue. Donc on est parti sur ce projet pour faire un parc régional de Champagne et Bourgogne avec un soutien très rapide des présidents des deux régions (Champagne et Bourgogne). »

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Les dimensions écologique et économique sont liées.  La présence d’un parc national permettra d’attirer des touristes aussi bien dans les forêts alentours qu’à l’abbaye. Alexia Volot, fille et collaboratrice de l’entrepreneur se réjouit :

« C’est intéressant pour nous que le tourisme vert se développe. Ça va augmenter nos visiteurs potentiels. »

Comme eux, nombreux sont les riverains du parc qui attendent les retombées du tourisme. C’est le cas des hôteliers, des restaurateurs, etc. À terme, le tourisme pourrait relancer l’économie locale et créer des emplois.

Au delà de l’aspect économique, le projet renferme également une dimension culturelle. Dans la mesure où le parc englobe des zones habitées, des activités culturelles et artistiques pourraient se développer en marge du tourisme. Marie-Solange Dubès et son compagnon Pierre Bongiovanni dirigent un centre culturel à Aubepierre. La Maison Laurentine –c’est le nom du centre-  accueille des artistes de toutes origines et de disciplines différentes sur les thèmes des « Arts, de la nature, des forêts et des territoires ». Marie Solange confie ses attentes ’’culturelles’’ par rapport à ce projet :

« Comme dans le Nord de la Haute-Marne avec le festival international de la photo animalière de Montier-en-Der, l’idée serait de pouvoir proposer dans le sud haut-marnais un autre festival international sur l’art contemporain et l’art en général. »

À cheval sur deux départements mondialement réputés pour leur vin, le parc national peine à trouver son identité. Alors que le nom de « Parc national du Champagne et du Bourgogne » était proposé, l’argument d’appellation d’origine contrôlée a été soulevé pour faire la différence avec les labels protégés que sont le Champagne et le Bourgogne. Du coup, il a fallu trouver une solution intermédiaire : « Parc national entre Champagne et Bourgogne. »

Diénéba Deme et Poly Muzalia.

Le tourisme vert se développe en Haute-Marne : visite dans les cabanes du Bois Sécant

Si le Lac artificiel du Der constitue l’attraction touristique principale en Haute Marne, il existe dans ses alentours une activité d’un autre genre, le « tourisme vert ». M. Jean-Luc Grosjean est propriétaire et gérant de cabanes en bois suspendues dans des arbres. Ces installations se situent dans le bois Sécant à quelques centaines de mètres du lac du Der dans la commune de Giffaumont.

Bien dissimulées, il n’existe aucune indication sur la route pour se rendre à ces cabanes. Le propriétaire tient à la tranquillité de ses clients. Tout se fait sur réservation. La proximité du lac du Der Chantecoq, est selon lui un atout considérable pour ses affaires.

« Le lac du Der attire les gens comme la piscine dans un hôtel. Les gens choisissent un  hôtel parce qu’il y a une piscine, mais on se rend compte que personne ou peu ne va réellement se baigner. C’est la même chose pour le Lac du Der ! »

Le tourisme vert est en pleine expansion en France et surtout dans la région de la Haute-Marne. Beaucoup d’entrepreneurs se lancent dans l’exploitation de yourtes, de bulles naturelles, de tentes ou d’accrobranches. Un tourisme plus en adéquation avec la protection de l’environnement.

Jean-Luc Grojean surfe sur cette tendance. En plus de son parcours d’accrobranches, il a fait construire quatre cabanes dans le bois Sécant. Il voulait recréer un cadre paisible et naturelle pour ses clients venus de la ville.

« Nos clients viennent ici pour être dépaysés, déconnectés du reste du monde. Ils se transforment en Robinson Crusoé pour une ou deux nuit. »

Ses clients viennent d’un peu partout. Des belges, des anglais, des allemands, et aussi des français. Madame Ferrari et ses deux enfants, Adrien et Maxine, ont passé trois jours et deux nuits dans l’une de ces cabanes. Ils ont choisi ce lieu de vacances car ils ne voulaient pas faire de longs voyages. La famille Ferrari vit en Haute Marne dans une maison de campagne. Le calme, elle l’a déjà, c’est l’originalité qu’elle recherche.

« Cette année nous n’avons pas voulu aller loin. C’est différent des vacances que nous prenions avant. C’est vrai que des fois on a froid. Et moi je fonctionne beaucoup avec le soleil. Il y a peu de confort. Mais y a des endroits où on paye pour le confort et d’autre où on paye pour la simplicité. »

Toutes les cabanes sont construites sur un modèle simple et dépouillé. Ces cabines sont faites à la mesure de l’arbre. Ici il s’agit du chêne, plus résistant. Pour y accéder, des marches en bois ont été aménagées. Il suffit alors de coulisser dans un tunnel en corde et en bois suspendu, pour se rendre dans l’habitacle. Totalement confectionnées en bois, elles font à peu près dix mètres carrés. L’intérieur est meublé d’un lit superposé, d’une table et d’une chaise. Les toilettes sont sèches.

Coût de l’opération, entre 30 000 et 40 000 euros, déclare M. Charrière de l’office du tourisme.

Une nuit dans cette cabane coûte 120 euros plus 15 euros par personne.

« C’est la mode en ce moment. On se rend compte que s’il y avait un bouleversement de la société, on pourrait encore vivre de façon assez sympathique. »

Ayodélé Germa.