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Soulaines-Dhuys (Aube) qui accueille un site de stockage de déchets radioactifs rêve d’être classé parmi les « plus beaux villages de France »

En 1992, Soulaines-Dhuys accueillait dans son sous-sol un centre de stockage de déchets radioactifs malgré un refus massif de sa population par voie référendaire. Vingt ans plus tard, la physionomie du village s’est transformée grâce à la manne financière versée par l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Aujourd’hui, son maire rêve de faire classer Soulaines-Dhuys parmi les plus beaux villages de France.

Dix kilomètres que nous pédalons depuis Blumerey. Nous apercevons Soulaines, le but de notre voyage. Plus qu’une centaine de mètres et nous seront rendues. Ce village ne ressemble en rien à ceux que nous venons de traverser. Ici, tout est propre, tout est neuf. Le bitume, d’abord, sur lequel nos vélos semblent glisser tellement il est lisse. Les bacs à fleur sont partout. Les bâtiments publics et même le bar-tabac sont flambants-neufs. Les rues, elles, sont vides.

Tout ici est si propre et neuf que nous avons du mal à croire que la commune accueille un site de stockage de déchets radioactifs. C’est pourtant grâce à lui que le village a pris les airs d’un Disneyland à ciel ouvert : chaque jour, l’ANDRA ((Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) verse une taxe de 1500 euros à la commune. Notre premier interlocuteur, Philippe Dallemagne, maire du village, conseiller général et président du conseil général énumère les réalisations de sa commune :

« Le conseil municipal a décidé de faire des aménagements, on a supprimé la taxe d’habitation et celle sur le foncier non bâti. On essaye d’améliorer la qualité de vie,  on maintient assez bien nos écoles, on a ouvert une cantine pour l’école, une garderie. Une maison médicalisée s’est ouverte il y a un mois. Nous avons acheté 600 hectares de forêt et sommes propriétaires de 15 ou 16 maisons que l’on loue. »

Fier, il ajoute :

 « On va ouvrir une maison de retraite actuellement en construction qui va créer 40 emplois, mon but c’est de continuer à réfléchir et essayer d’implanter des petites industries qui créent 10, 15, 20 emplois. »

La commune qui a voté à 85% contre l’implantation du centre de stockage de déchets radioactifs semble s’être finalement résignée : elle a toujours réélu son maire. Jacqueline, 92 ans résume le sentiment général :

 « Les gens n’y pensent plus aux déchets nucléaires. Ça a apporté des facilités dans les ménages. On ne paye plus pour nos poubelles par exemple et on paye aussi beaucoup moins d’impôts locaux. »

Quelques irréductibles critiquent la gestion des fonds par la commune. Un homme qui souhaite garder l’anonymat parle de gaspillage :

 « Des lampadaires sont allumés dans des rues et des ruelles où aucune âme ne passe. Il y a trop de fleurs partout dans le village. L’excès nuit. Et ce qui me semble le plus malhonnête, ce sont ces élus qui ont construit leur ascenseur social autour du centre de déchets radioactifs. »

Michel Guéritte, opposant virulent à la présence de déchets radioactifs sur sa commune qui qualifie de «  prostitution » l’utilisation de l’argent de l’ANDRA rejette tout compromis avec les acteurs du nucléaire.  Son association « la qualité de vie » lutte contre la prolifération de ce qu’il appelle les « poubelles » implantées dans la région :

« Les gens me disent que j’exagère un peu quand je parle de prostitution. Mais imagine que je te dise que je trouve que ta géologie me plait (car on enfouie pas des déchets nucléaires n’importe où) et que je te mets 17 millions d’euros sur la table pour en profiter, tu acceptes ? Si tu refuses, ce n’est pas grave, j’irai ailleurs. »

Pourquoi la population continue-t-elle d’élire son maire ?

« Parce que la population a accepté l’argent. La population est dans le déni. Elle ne veut surtout pas connaître les risques pour sa santé. »

Philippe Dallemagne, le maire rejette ces critiques, il n’a qu’un rêve : faire accéder Soulaines-Dhuys au classement des plus beaux villages de France. Qu’il se rassure, la qualité de l’environnement ne fait pas partie des critères de sélection.

Sarata Diaby et Meng Cheng.