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À Coiffy-le-Bas près de Langres, la communauté hollandaise vit en harmonie avec ses hôtes haut-marnais

Une importante communauté hollandaise s’est installée dans la région de Langres ces 20 dernières années. Attirés par le calme, la nature et des maisons ou des ruines à bas prix, ces citoyens bataves viennent y passer leurs vacances. D’autres encore rares prennent leur retraite dans le sud du département. À Coiffy-le-Bas, petit village situé à une vingtaine de kilomètres à l’est de Langres, près de 40% des habitants sont Hollandais et vivent en harmonie avec la population locale. Ksenia Gulia, citoyenne russe et Assaleck Ag Tita, touareg du Mali sont arrivés à Coiffy-le-bas à vélo et n’ont eu aucun mal trouver le gîte et le couvert chez un couple de… Hollandais. Récit.

Il est 18h lorsque nous arrivons à Coiffy-le-Bas. Nous avons près de 50 kilomètres dans les jambes et nous ne savons toujours pas où dormir. Heureusment, le temps est clément et Assaleck mon compagnon de route malien me rassure :

« T’en fais pas, on va vite trouver où dormir. »

Coiffy-le-Bas, son église, sa mairie et son monument aux morts ressemble à tous ces villages que nous traversons depuis 10 jours que nous sillonnons la Haute-Marne à vélo à la différence qu’il est idéalement situé dans un paysage de collines verdoyantes. Première rencontre au détour d’une rue : Monsieur Monfort nous conseille d’aller voir Jos et Michiel, un couple de Hollandais installé à Coiffy depuis 20 ans :

« Vous verrez, ils sont à la sortie du village. Ce sont des gens très gentils et ils ont une grande maison. »

Cinq minutes plus tard, nous frappons à la porte d’une bâtisse entretenue avec goût. Un homme à l’allure altière et aux cheveux blancs nous ouvre et nous salut avec un accent hollandais très prononcé. À la vue de nos bicyclettes chargées et de nos yeux fatigués, Michiel, retraité hollandais de 74 ans s’empresse de nous inviter à boire un verre. Nous passerons trois jours et trois nuits chez lui et son épouse Jos.

Sur la terrasse, la vue sur les collines est idyllique. Un troupeau de vaches paît paisiblement dans un pré. Des chevaux sauvages galopent et disparaissent à l’horizon. L’eau bleu foncée de la piscine rappelle un hôtel cinq étoiles. Jos et Michel s’assoient ici chaque soir à l’ombre d’un arbre un verre de vin blanc à la main. Ils ont acheté cette ferme il y a 20 ans. Elle était en ruine. L’actuelle salle de billard tenait lieu d’étable. Le maire de Coiffy-le-Bas s’est occupé de la réhabilitation totale de leur maison. Jos se souvient :

« Quand nous avons acheté la maison, la propriétaire nous a demandé : « Voulez-vous donner du boulot aux français ? » « Certainement », lui avons-nous répondu. Car si certains se plaignaient à l’époque de la venue des Hollandais, d’autres se réjouissaient de voir des gens rénover les maisons et de donner du travail aux artisans. »

Mais pourquoi avoir choisi la France ? Pourquoi la Haute-Marne ?

« J’ai toujours rêvé d’avoir une maison en France et j’ai toujours été amoureuse des maisons isolées. D’autre part, lorsque nous avons acheté la maison, mes parents étaient encore en vie et en cas de problème de santé, nous étions à une distance raisonnable de la Hollande. »

« Vivre comme Dieu en France »

Margriet Wiers vit à Laneuvelle à 1 km de Coiffy-le-Bas. Elle aussi est la première habitante hollandaise de cette commune. Elle y habite depuis plus de 20 ans. Margriet vient en Haute-Marne une semaine chaque mois, mais jamais en hiver :

« Chez nous il existe un proverbe « Vivre comme Dieu en France », – dit elle. – Ici tout est agreable, on mange bien, on est à l’aise. Ce n’est pas la même chose qu’en Hollande. La vie est plus réglée en Hollande. En plus les maisons coûtent moins cher. Il y a plus d’espace, la vue est spectaculaire, les nuits sont tranquilles. »

Margriet insiste sur les efforts fournis par la population du village pour faciliter l’intégration de la communauté hollandaise. Chaque 14 juillet la commune organise un repas pour tout le monde. Elle déplore que ses concitoyens ne fassent « aucun effort » pour apprendre le français.Hans Blumendal qui vit dans le centre du village de Coiffy-le-Bas depuis 2003 partage l’avis de Margriet :

« Pour le moment je n’ai pas d’amis français. Mais maintenant que la maison est presque réhabilitée, je vais pouvoir trouver le temps d’étudier la langue française pour mieux communiquer avec les gens qui m’entourent. »

Clichés

Comme ailleurs en Haute-Marne, les jeunes partent, la population vieillit et les maisons tombent en ruine. L’arrivée de la communauté hollandaise dans la région a contribué a redonné vie à ces villages. Un Français croisé dans Coiffy-le-Bas se réjouit de leur présence :

« L’arrivée des hollandais dans ces villages-dortoirs redonne fatalement de la vie à ces communes. Par contre leur impact économique sur la région est presque nulle. »

Monsieur Monfort rencontré le premier de notre arrivée abonde dans son sens :

« Ce sont des gens qui n’achètent rien au village, ils rapportent tout de Hollande. Ils sont très agréables, mais ils ne font pas marcher le commerce en France. »

Les clichés sur le Hollandais qui vient en France sans dépenser un sou ont la vie dure. Chaque matin Michel Visser, notre hôte hollandais, prend sa voiture et part à Varenne à 5 km de Coiffy pour acheter quelques baguettes de pain chaudes et croustillantes. Ses courses, il les fait au supermarché de Bourbonne. Quant au vin blanc qu’il sirote tous les soirs avec son épouse, ils l’achètent directement chez le producteur à proximité du village réputé pour son vignoble.

Si l’arrivée des Anglais dans le sud-ouest de la France a eu un impact sur la hausse des prix de l’immobilier, rien de tel en Haute-Marne. Selon le site www.meilleursagents.com spécialisé dans l’immobilier, le prix moyen au mètre carré à Coiffy-le-Bas pour les maisons est de 682€ et largement en dessous de la moyenne en Haute-Marne. Il n’empêche, beaucoup à Coiffy-le-Bas pensent le contraire. Si les maisons ne coutent rien, leur rénovation implique l’investissement de sommes importantes. Hans Blumendal a dépensé 100 000 euros pour retaper sa maison achetée 4000 euros en 2003 alors qu’elle n’était qu’une ruine.

Dans le processus d’installation des hollandais, la réffection des maisons a été l’étape la plus coûteuse. Hans Blumendal, par exemple, a achèté la « ruine » pour 4.000 euros et a payé 100.000 euros pour la restaurer.

Avant de rentrer à Blumerey, notre camp de bas , nos hôtes Jos et Michiel ont tenu à nous présenter un couple d’amis à eux. Caroline et Robert vivaient à Amsterdam où ils possèdent encore un petit appartement mais c’est en Haute-Marne qu’ils ont décidé de prendre un nouveau départ dans leur vie :

« Nous avons acheté une maison ici pour relever un défi. Nous souffrons l’un et l’autre d’une maladie grave. Pour guérir, nous avons pensé qu’il nous fallait recommencer une nouvelle vie. Avec cet environnement qui nous entoure loin du stress et de la pollution d’Amsterdam, nous nous sentons de mieux en mieux. »

Ksenia Gulia et Assaleck Ag Tita.