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Encore des années d’attente pour que le sud haut-marnais se dote d’un parc national

Il sera peut-être le onzième parc national français. 10 000 hectares de forêts. Des hêtres, des chênes et autres feuillus à perte de vue. De charmants villages aussi. L’idée de créer un parc national à cheval entre la Champagne et la Bourgogne fait son chemin depuis quelques années. Lancé en 2009 par François Fillon, alors Premier ministre, ce projet vise à préserver la biodiversité de cette partie de la Haute Marne, dans le nord-est de la France.  Chasseurs, populations, entrepreneurs, hommes politiques, chacun y trouve son compte. À ce jour, sa mise en place se poursuit encore. Etat des lieux.

Les premières impressions sont plutôt prometteuses. La règlementation sur la chasse et la coupe de bois –qui existait bien avant le projet de parc-  a permis de maintenir l’équilibre entre l’Homme et la Nature dans la région. Le plateau de Langres abrite en effet l’une des forêts les mieux préservées du pays. Alors que l’économie locale bat de l’aile, l’idée de passer au tourisme vert séduit. La Haute Marne perd de sa population faute de pouvoir lui fournir du travail. Instaurer un parc dans la région permettrait de renverser cette tendance et les habitants en sont conscients.

En 2010, un groupement d’intérêt public (GIP) est créé autour de la question du parc. Il rassemble deux cents personnes morales réparties en trois collèges : État et établissements publics, collectivités territoriales, société civile. Son périmètre d’intervention correspond à l’étendue potentielle du parc. Il concerne 113 communes dont 106 adhèrent déjà au GIP. C’est donc fort de l’adhésion des populations locales et des différents partenaires que le projet évolue. Pourtant le processus est encore long. Catherine Boussard, membre du GIP indique :

« Il faudra au moins dix ans avant de voir le projet aboutir compte tenu des contraintes administratives. Pour le moment, le projet de parc est vu comme une bonne chose. On fantasme un peu sur tous les avantages que ça pourra apporter. Il faudra l’établissement d’une charte pour que tout soit bien clair pour les gens. »

Le tracé du futur parc englobe des régions habitées. Dans ces forêts giboyeuses, depuis des siècles, la chasse occupe une place importante. Ces deux facteurs semblent d’emblée antinomiques avec la notion d’espace naturel protégé. En réalité, le projet vise à créer une symbiose entre l’homme et la nature. Trouver un équilibre entre la nécessité de sauvegarder l’écosystème tout en permettant aux populations riveraines d’exploiter rationnellement la forêt. Michel Petit, chasseur à Arc en Barrois, s’inscrit dans cette logique. Il est favorable au parc. Il explique :

« Nous les chasseurs ne sommes à priori pas hostiles au parc. Parce que la présence du Parc National impliquera des mesures sévères vis à vis du braconnage par exemple qui sévit actuellement. Et puis de toute façon, on fera toujours appel aux chasseurs pour réguler les populations d’animaux. »

Pour une activité économique et culturelle meilleure

Investir dans l’économie verte en Haute-Marne, c’est le pari qu’a tenté Jean-Claude Volot en venant s’installer à Auberive. Cet entrepreneur a racheté une ancienne abbaye qu’il a transformée en galerie d’art. Il a joué un rôle important dans le projet de parc. Son action a notamment permis d’inclure les forêts d’Auberive dans le tracé. Elles n’en faisaient pas partie à l’entame du projet. Jean-Claude Volot explique sa vision du projet ainsi que du tourisme vert dans la région :

« Je me suis étonné de la pauvreté des gens et du village. Donc, j’ai cherché avec les élus locaux à regarder des idées pour essayer de faire du développement. J’ai choisi deux choses naturelles ici. Premièrement, le développement de la filière bois et puis la filière touristique mais à caractère fortement écologique. Je m’étais rendu compte que le paysage était extraordinaire, la nature très préservée. »

Il ajoute :

« Et puis j’ai été élu président de la communauté de communes d’Auberive et je suis tombé sur un vieux dossier qui avait une quinzaine d’années ; un projet de parc entre Champagne et Bourgogne qui avait échoué. J’ai trouvé ça intéressant mais j’ai d’abord cherché les raisons pour lesquelles ça avait échoué. Je suis tombé sur des raisons bassement politiques et d’intérêts politiques. Je suis allé voir beaucoup de petits maires, 81 maires en tout. L’idée a été très très bien reçue. Donc on est parti sur ce projet pour faire un parc régional de Champagne et Bourgogne avec un soutien très rapide des présidents des deux régions (Champagne et Bourgogne). »

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Les dimensions écologique et économique sont liées.  La présence d’un parc national permettra d’attirer des touristes aussi bien dans les forêts alentours qu’à l’abbaye. Alexia Volot, fille et collaboratrice de l’entrepreneur se réjouit :

« C’est intéressant pour nous que le tourisme vert se développe. Ça va augmenter nos visiteurs potentiels. »

Comme eux, nombreux sont les riverains du parc qui attendent les retombées du tourisme. C’est le cas des hôteliers, des restaurateurs, etc. À terme, le tourisme pourrait relancer l’économie locale et créer des emplois.

Au delà de l’aspect économique, le projet renferme également une dimension culturelle. Dans la mesure où le parc englobe des zones habitées, des activités culturelles et artistiques pourraient se développer en marge du tourisme. Marie-Solange Dubès et son compagnon Pierre Bongiovanni dirigent un centre culturel à Aubepierre. La Maison Laurentine –c’est le nom du centre-  accueille des artistes de toutes origines et de disciplines différentes sur les thèmes des « Arts, de la nature, des forêts et des territoires ». Marie Solange confie ses attentes ’’culturelles’’ par rapport à ce projet :

« Comme dans le Nord de la Haute-Marne avec le festival international de la photo animalière de Montier-en-Der, l’idée serait de pouvoir proposer dans le sud haut-marnais un autre festival international sur l’art contemporain et l’art en général. »

À cheval sur deux départements mondialement réputés pour leur vin, le parc national peine à trouver son identité. Alors que le nom de « Parc national du Champagne et du Bourgogne » était proposé, l’argument d’appellation d’origine contrôlée a été soulevé pour faire la différence avec les labels protégés que sont le Champagne et le Bourgogne. Du coup, il a fallu trouver une solution intermédiaire : « Parc national entre Champagne et Bourgogne. »

Diénéba Deme et Poly Muzalia.

À Coiffy-le-Bas près de Langres, la communauté hollandaise vit en harmonie avec ses hôtes haut-marnais

Une importante communauté hollandaise s’est installée dans la région de Langres ces 20 dernières années. Attirés par le calme, la nature et des maisons ou des ruines à bas prix, ces citoyens bataves viennent y passer leurs vacances. D’autres encore rares prennent leur retraite dans le sud du département. À Coiffy-le-Bas, petit village situé à une vingtaine de kilomètres à l’est de Langres, près de 40% des habitants sont Hollandais et vivent en harmonie avec la population locale. Ksenia Gulia, citoyenne russe et Assaleck Ag Tita, touareg du Mali sont arrivés à Coiffy-le-bas à vélo et n’ont eu aucun mal trouver le gîte et le couvert chez un couple de… Hollandais. Récit.

Il est 18h lorsque nous arrivons à Coiffy-le-Bas. Nous avons près de 50 kilomètres dans les jambes et nous ne savons toujours pas où dormir. Heureusment, le temps est clément et Assaleck mon compagnon de route malien me rassure :

« T’en fais pas, on va vite trouver où dormir. »

Coiffy-le-Bas, son église, sa mairie et son monument aux morts ressemble à tous ces villages que nous traversons depuis 10 jours que nous sillonnons la Haute-Marne à vélo à la différence qu’il est idéalement situé dans un paysage de collines verdoyantes. Première rencontre au détour d’une rue : Monsieur Monfort nous conseille d’aller voir Jos et Michiel, un couple de Hollandais installé à Coiffy depuis 20 ans :

« Vous verrez, ils sont à la sortie du village. Ce sont des gens très gentils et ils ont une grande maison. »

Cinq minutes plus tard, nous frappons à la porte d’une bâtisse entretenue avec goût. Un homme à l’allure altière et aux cheveux blancs nous ouvre et nous salut avec un accent hollandais très prononcé. À la vue de nos bicyclettes chargées et de nos yeux fatigués, Michiel, retraité hollandais de 74 ans s’empresse de nous inviter à boire un verre. Nous passerons trois jours et trois nuits chez lui et son épouse Jos.

Sur la terrasse, la vue sur les collines est idyllique. Un troupeau de vaches paît paisiblement dans un pré. Des chevaux sauvages galopent et disparaissent à l’horizon. L’eau bleu foncée de la piscine rappelle un hôtel cinq étoiles. Jos et Michel s’assoient ici chaque soir à l’ombre d’un arbre un verre de vin blanc à la main. Ils ont acheté cette ferme il y a 20 ans. Elle était en ruine. L’actuelle salle de billard tenait lieu d’étable. Le maire de Coiffy-le-Bas s’est occupé de la réhabilitation totale de leur maison. Jos se souvient :

« Quand nous avons acheté la maison, la propriétaire nous a demandé : « Voulez-vous donner du boulot aux français ? » « Certainement », lui avons-nous répondu. Car si certains se plaignaient à l’époque de la venue des Hollandais, d’autres se réjouissaient de voir des gens rénover les maisons et de donner du travail aux artisans. »

Mais pourquoi avoir choisi la France ? Pourquoi la Haute-Marne ?

« J’ai toujours rêvé d’avoir une maison en France et j’ai toujours été amoureuse des maisons isolées. D’autre part, lorsque nous avons acheté la maison, mes parents étaient encore en vie et en cas de problème de santé, nous étions à une distance raisonnable de la Hollande. »

« Vivre comme Dieu en France »

Margriet Wiers vit à Laneuvelle à 1 km de Coiffy-le-Bas. Elle aussi est la première habitante hollandaise de cette commune. Elle y habite depuis plus de 20 ans. Margriet vient en Haute-Marne une semaine chaque mois, mais jamais en hiver :

« Chez nous il existe un proverbe « Vivre comme Dieu en France », – dit elle. – Ici tout est agreable, on mange bien, on est à l’aise. Ce n’est pas la même chose qu’en Hollande. La vie est plus réglée en Hollande. En plus les maisons coûtent moins cher. Il y a plus d’espace, la vue est spectaculaire, les nuits sont tranquilles. »

Margriet insiste sur les efforts fournis par la population du village pour faciliter l’intégration de la communauté hollandaise. Chaque 14 juillet la commune organise un repas pour tout le monde. Elle déplore que ses concitoyens ne fassent « aucun effort » pour apprendre le français.Hans Blumendal qui vit dans le centre du village de Coiffy-le-Bas depuis 2003 partage l’avis de Margriet :

« Pour le moment je n’ai pas d’amis français. Mais maintenant que la maison est presque réhabilitée, je vais pouvoir trouver le temps d’étudier la langue française pour mieux communiquer avec les gens qui m’entourent. »

Clichés

Comme ailleurs en Haute-Marne, les jeunes partent, la population vieillit et les maisons tombent en ruine. L’arrivée de la communauté hollandaise dans la région a contribué a redonné vie à ces villages. Un Français croisé dans Coiffy-le-Bas se réjouit de leur présence :

« L’arrivée des hollandais dans ces villages-dortoirs redonne fatalement de la vie à ces communes. Par contre leur impact économique sur la région est presque nulle. »

Monsieur Monfort rencontré le premier de notre arrivée abonde dans son sens :

« Ce sont des gens qui n’achètent rien au village, ils rapportent tout de Hollande. Ils sont très agréables, mais ils ne font pas marcher le commerce en France. »

Les clichés sur le Hollandais qui vient en France sans dépenser un sou ont la vie dure. Chaque matin Michel Visser, notre hôte hollandais, prend sa voiture et part à Varenne à 5 km de Coiffy pour acheter quelques baguettes de pain chaudes et croustillantes. Ses courses, il les fait au supermarché de Bourbonne. Quant au vin blanc qu’il sirote tous les soirs avec son épouse, ils l’achètent directement chez le producteur à proximité du village réputé pour son vignoble.

Si l’arrivée des Anglais dans le sud-ouest de la France a eu un impact sur la hausse des prix de l’immobilier, rien de tel en Haute-Marne. Selon le site www.meilleursagents.com spécialisé dans l’immobilier, le prix moyen au mètre carré à Coiffy-le-Bas pour les maisons est de 682€ et largement en dessous de la moyenne en Haute-Marne. Il n’empêche, beaucoup à Coiffy-le-Bas pensent le contraire. Si les maisons ne coutent rien, leur rénovation implique l’investissement de sommes importantes. Hans Blumendal a dépensé 100 000 euros pour retaper sa maison achetée 4000 euros en 2003 alors qu’elle n’était qu’une ruine.

Dans le processus d’installation des hollandais, la réffection des maisons a été l’étape la plus coûteuse. Hans Blumendal, par exemple, a achèté la « ruine » pour 4.000 euros et a payé 100.000 euros pour la restaurer.

Avant de rentrer à Blumerey, notre camp de bas , nos hôtes Jos et Michiel ont tenu à nous présenter un couple d’amis à eux. Caroline et Robert vivaient à Amsterdam où ils possèdent encore un petit appartement mais c’est en Haute-Marne qu’ils ont décidé de prendre un nouveau départ dans leur vie :

« Nous avons acheté une maison ici pour relever un défi. Nous souffrons l’un et l’autre d’une maladie grave. Pour guérir, nous avons pensé qu’il nous fallait recommencer une nouvelle vie. Avec cet environnement qui nous entoure loin du stress et de la pollution d’Amsterdam, nous nous sentons de mieux en mieux. »

Ksenia Gulia et Assaleck Ag Tita.

Rachida, 22 ans : « À Oran en Algérie, je me sens plus libre en tant que femme qu’au Vert-Bois à Saint-Dizier »

Près de la moitié des habitants de Saint-Dizier vivent au Vert-bois, une cité-dortoir située au Nord de la ville. Peuplé par une majorité de familles d’immigrés arrivés dans les années 50, le Vert-Bois souffre aujourd’hui d’une image négative largement relayée par les médias. Les « gars de quartier » comme certains les surnomment ici font souvent l’actualité. Qu’en est-il des femmes ? Moi, Meryem, 23 ans, casablancaise, fraîchement arrivée du Bled, j’ai décidé d’aller à la rencontre de ces femmes auxquelles on a oublie parfois de donner la parole

C’est le mois du ramadan. Les rues du vert-bois sont quasi-désertes. Quelques femmes, voilées pour la majorité, rasent les murs des bâtiments. Panier au bras, elles tirent un enfant et se dirigent vers l’unique centre commercial du quartier. Elles se font petites, discrètes. La pression masculine règne, je le sens. Le regard de l’autre pèse.

Celles qui ont quitté leurs villages pour rejoindre leurs maris, qui rêvaient d’une vie de princesse, loin de la misère du pays, ont vu leurs espoirs se diluer dans la réalité de la vie en France. Elles sont maintenant parquées avec leur famille dans des immeubles où la promiscuité a favorisé le communautarisme. Analphabètes pour la plupart, elles ont fait des enfants, à manger et surtout leur ont inculqué les valeurs musulmanes et conservatrices. Le plus important, c’est de ne pas oublier d’où l’on vient. Kheira, 45 ans, est arrivée au Vert-bois à l’âge de 4 ans :

« Ma mère ne sortait jamais, elle n’en avait pas le droit. Les femmes à l’époque ont gardé les mêmes habitudes qu’au pays.»

«Les mêmes habitudes». Des habitudes d’il y a 40 ans il me semble, lorsque la femme était soumise. Des habitudes qui dans mon pays au Maroc ont évolué, dans les villes pour le moins, mais pas ici dans ce quartier de France. Le poids des traditions est resté le même. De peur qu’on ne les oublie ? Et les jeunes filles en payent le prix aujourd’hui. Rachida, 22 ans, en témoigne.

« Saint Dizier est une petite ville. Tout le monde se connait. On ne peut même pas aller boire un coup en ville. Je suis originaire d’Oran en Algérie et lorsqu’on est là-bas on se permet de faire plus de choses qu’ici. »

La piscine, zone interdite aux femmes

Casablanca, la plus grande métropole du Maroc, dispose d’une piscine olympique mixte. Elle est fréquentée en égale proportion par les hommes et les femmes. La pratique de la natation se fait dans le respect des deux sexes.

À Saint-Dizier, les femmes d’origine maghrébine ne peuvent pas aller à la piscine. Pour les hommes, une femme qui se respecte ne doit pas mettre de maillot de bain. Plus étonnant encore, les jeunes filles pensent la même chose. Elles se privent d’une pratique sportive sous des prétextes religieux. Visiblement, ces préceptes ne sont appliqués qu’aux femmes. La religion devient une excuse au machisme. Kheira nous raconte :

«J’aimerais bien aller à la piscine pour des raisons de santé, mais je ne le peux pas. S’il y avait une piscine où personne ne me connaissait, j’irais sans hésiter.»

Dans le quartier du Vert-Bois, les filles sont vite cataloguées. Pour être une fille modèle, il suffit de mettre un voile et de rentrer avant 19h. Certaines le portent par conviction. D’autres par obligation. D’autres encore par provocation, pour affirmer leur appartenance religieuse dans un pays laïc. Communautarisme et Islam vont de pair. Les femmes du Vert-bois sont soumises à un code vestimentaire très strict. Les filles habillées légèrement sont exposées aux insultes et à la mauvaise réputation. Samira, 22 ans, partage ce point de vue :

« Les filles qui s’habillent d’une manière assez provocante cherchent à attirer l’attention mais pas forcément de la bonne manière. »

Au Maghreb, l’apparence, le non-dit et le hchouma sont à la base du jugement sur la personne. Et surtout des femmes.

L’emploi

Sur le marché du travail, les femmes issues de l’immigration ont moins de difficulté que les hommes à décrocher un emploi. Les patrons font plus confiance au « sexe faible ». Rachida poursuit sur ce thème :

« Il suffit que tu sois mignonne et c’est bon. Les entreprises ont moins peur des filles. »

En revanche, la connotation que peuvent avoir les noms d’origine arabe sont un frein à l’embauche. Rachida :

« Je suis responsable du recrutement dans une entreprise de vente par téléphone. Les gens affichent clairement leur réticence lorsque le télé-vendeur porte un prénom à connotation arabe. »

Rachida nous confie qu’il lui arrive de changer son prénom pour que les clients lui fassent confiance. En majorité, celles qui réussissent professionnellement quittent le quartier. C’est le cas de Sarah 33 ans :

« Quitter le quartier est un signe de réussite. On a tous envie d’avoir une maison avec un jardin et accomplir ce que nos parents n’ont pas réussi : acquérir une propriété. »

L’horloge s’est arrêtée dans les années soixante

Les histoires que m’ont raconté toutes les personnes que j’ai interrogées ont toutes révélé le même constat : les mentalités ont arrêté d’évoluer lorsque ces gens sont arrivés en France. Des habitants des mêmes villages se sont retrouvés dans les mêmes immeubles et ont continué à y vivre comme il y a 40 ans. Les femmes ont continué à servir les hommes, à s’effacer devant l’autorité du grand frère. La bledarde que je suis s’attendait à davantage d’ouverture. L’égalité, la liberté et la fraternité ne s’appliqueraient-elles pas aux Françaises originaires du Maghreb ?

Meryem Driouch.

Deux Africains à vélo débarquent à Brachay en Haute-Marne, la commune de France où Marine Le Pen a réalisé son meilleur score

Avec 72% des suffrages, Brachay est la commune française où le Front National de Marine Le pen a enregistré son meilleur score au premier tour de la dernière élection présidentielle française. Avant de battre ce record, la commune a reçu la visite de la candidate du Front National et son maire, Gérard Marchand lui a accordé son parrainage. Depuis lors, Brachay n’a cessé d’être sous le feu des projecteurs. Récit de voyage sur les traces de Marine le Pen…

Les sacoches de nos vélos harnachées, les casques vissés sur la tête, nos amis de Blumerey nous adressent leurs derniers encouragements alors que nous nous apprêtons à prendre la route pour Brachay. L’un d’eux nous dit :

« J’ai le sentiment que vous ne reviendrez pas vivants de là-bas. »

Un autre en rajoute :

« Attendez-vous à dormir sous un arrêt de bus. »

Le ton est à la plaisanterie mais il ne contribue pas à nous rassurer. Assaleck, mon compagnon de route malien et moi citoyen camerounais avons forgé notre opinion sur le Front National à la lecture de nos médias nationaux mais aussi à l’écoute de Radio France Internationale (RFI). Et nous ne sommes pas loin de penser que la France qui nous accueille est un pays raciste pour avoir porté Jean-Marie le Pen au second tour de l’élection présidentielle en 2002 et accordé 17,9% des suffrages au premier tour en 2012 à Marine Le Pen. Un article de Rue89 consacré au village de Brachay et son voisin Flammerécourt que nous venons de lire n’améliore pas notre moral. Son titre : « Dans ces villages de Haute-Marne, on vote FN et on ne s’aime pas ». On ne s’aime donc pas là-bas nous interrogeons nous ? Pour ne rien arranger, nous avons devant nous 20 kilomètres d’une route pas toujours plate à parcourir à vélo.

La route descend enfin pour s’engouffrer dans la vallée du Blaiseron rebaptisée « vallée de la honte » par certains en Haute-Marne depuis l’élection présidentielle.  Il est 14h lorsque nous entrons dans Brachay. Nous essayons de prendre langue avec les quelques contacts que nous avons sur place. En vain. Nous décidons alors de faire un tour du village en guise de repérage. Les rues sont vides. La vie apparaît au détour du premier virage : trois personnes prennent le café sur une terrasse et nous décidons spontanément d’aller à leur rencontre. Georges est le voisin de Blandine venu l’aider à s’occuper de ses parents très âgés. Première surprise, nous constatons que les gens semblent s’aimer ici. Deuxième surprise, les « indigènes » nous invitent à leur table et nous interrogent d’emblée sur notre Afrique chérie. Nous reprenons confiance. Après plus d’une heure de discussions géopolitiques où chacun prend exemple sur son vécu, relate ses expériences, nous risquons une première question en rapport avec notre venue à Brachay : Le village s’est-il remis de la montée du Front National ? Georges répond le premier :

« Écoutez, moi je ne vote pas FN. »

Blandine :

« Moi non plus. »

Zut. Ou plutôt « ouf ». C’est selon qu’on se place dans la peau de l’Africain ou du journaliste. Impatients de rencontrer l’électorat local acquis au Front National, Assaleck sort son téléphone et s’apprête à relancer nos contacts sur place. Georges l’interrompt :

« Laisse tomber le téléphone, je vous emmène. »

Personne chez le maire qui doit être aux champs à cette heure là. La maison de l’instituteur non plus ne donne pas signe de vie. Georges nous invite finalement chez lui, sort trois verres et une bouteille nous dit qu’il est de gauche et explique pourquoi selon lui la majorité des habitants de Brachay ont voté pour le Front National :

« Les gens ont voté extrême droite surtout par manque d’informations. Ils ne s’informent pas assez. Leur vote serait tout à fait différent s’ils s’informaient davantage. »

Avant de nous conduire chez son voisin Claude dit « Le Raton », Georges nous offre le dernier numéro du Canard Enchaîné et à chacun un livre pour mieux connaître l’histoire de la France : Culture et vie intellectuelle dans l’occident médiéval pour Assaleck et La confession d’un enfant du siècle de Musset pour moi.

Claude, dit « Le Raton », agriculteur à la retraite de 63 ans dont nous avons vu la photo dans Rue89 nous accueille à bras ouverts. Il parle vite avec un accent haut-marnais très prononcé que nous peinons à comprendre :

« N’hésitez pas à m’interrompre si vous ne pigez pas ce que je vous dis. »

Agriculteur à la retraite, né à Brachay, il a passé toute sa vie ici, seul dans une grande maison, sans femme ni enfants. Il nous dit aimer avoir de la visite et accueillir les gens chez lui. Il nous confie avoir passé une enfance très difficile sans en livrer les détails. Depuis le décès de sa mère il y a quelques mois il est plongé dans une solitude presque totale. « Le Raton » ne souhaite pas nous dire à qui il a donné sa voix à la dernière élection présidentielle. Comment explique-t-il le succès de ce parti à Brachay ?

« Ici, la montée du FN est plutôt un vote contestataire. Les gens ne sont pas spécialement du Front National. Le vote n’est pas idéologique ici. La démocratie c’est le moins mauvais système mais ça donne raison à cinquante et un imbéciles sur 49 intelligents quand on vote. »

La visite de Marine Le Pen à Brachay ne l’a pas choqué pour autant :

« C’est la démocratie ! Et puis vous savez, c’est le désert ici, on est plutôt contents de recevoir de la visite. D’autant que les politiques ne viennent jamais nous voir. Nous avons par contre été surpris par la médiatisation démesurée de sa venue ici. Les journalistes venaient du monde entier, d’Allemagne, d’Angleterre, j’ai même vu un Brésilien. »

Alain Simon, ami du Raton, instituteur à la retraite qui vit à Brachay depuis 35 ans nous rejoint. Il a voté pour le Front de gauche explique pourquoi selon lui on vote FN ici :

« Les gens votent FN mais ne sont pas racistes. La preuve personne n’ose en parler à visage découvert. A part un seul que je peux qualifier de malade, aucun habitant de Brachay n’est raciste. »

Avec Assaleck, nous ne savons plus quoi penser : « À Brachay, « tout le monde est raciste » » titrait encore Rue89. Alain ajoute :

« La médiatisation excessive de la venue de Marine Le Pen n’a pas arrangé les choses. Les médias ont créé des tensions entre les populations. L’article de Rue89 a été particulièrement malsain. C’est vraiment un torchon qui me rappelle le film Délivrance de John Boorman. Je connais des électeurs du FN à qui je demande un service, qui savent bien que je vote pour la gauche, et qui me le rendent avec plaisir. Comme partout, les gens ont des opinions différentes mais nous essayons de les surmonter pour garder une certaine harmonie villageoise. »

Nous quittons nos amis pour poursuivre notre exploration de Brachay et croisons enfin un électeur du FN. Il accepte de témoigner mais sous couvert d’anonymat. Il a une retraite dérisoire. Il peste contre « les femmes d’immigrés qui font des enfants pour toucher les allocations familiales », leurs enfants « qui font du traffic de drogue » et se plaint des « radars automatiques qui lui « pompent son fric ». Il a été « très touché » par la visite de Marine Le Pen.

Assaleck parvient enfin à joindre le maire au téléphone. À cause de la moisson qui bat son plein, il ne pourra pas nous recevoir. Qu’importe ! Nos nouveaux amis « le Raton » et Alain l’instituteur nous attendent pour faire la fête. « Le Raton » est heureux et même philosophe :

« C’est quand même merveilleux ! Si Marine Le Pen n’était pas venue ici, on n’aurait jamais rencontré un Camerounais et un Malien à Brachay ! »

Emmanuel Ekouli et Assaleck AG TITA.

Le “Paradis” de Sommevoire (52) : un droit d’asile pour l’art

Le « Paradis », c’est ainsi que les ouvriers de la fonderie GHM installée à Sommevoire avait baptisé le hangar où étaient entreposés les modèles de statues en plâtre – religieuses pour la plupart – hérités des productions Durenne qui datent du 19ème siècle. Dans les années 80, l’entreprise souhaite se séparer de ces plâtres. Un ouvrier de l’usine, M. Linard, se propose de les sauver et les entrepose dans une grange du village de Sommevoire toujours appelée le “Paradis”. Visite.

La lourde grille verte s’ouvre et l’on entre dans une cour médiévale. Deux grandes portes baillent en attendant le visiteur solitaire. “Le Paradis” de Sommevoire est un endroit mythique et paradoxal. Il héberge des statues en plâtre, de vrais chef-d’oeuvres mélangés à des copies naïves de style antique.

L’humidité et l’obscurité accentuent le mystère qui s’attache à ce lieu. Même l’origine du nom reste une énigme. Des statuts en plâtre, des embryons des chef-d’oeuvres représentent 1/10 de ce que l’usine GHM gardait auparavant. Bruno Driat, membre de l’Association des Compagnons de Saint-Pierre en charge du « Paradis », a son idée sur le sauvetage des plâtres de l’usine GHM par M. Linard :

“C’est une superstition. On ne veut pas casser les statues religieuses parce qu’elles sont sacrées. »

Les modèles du « Paradis » présentent non seulement un intérêt artistique mais racontent aussi l’évolution technique. Auparavant il fallait une semaine pour reproduire une sculpture en trois dimensions, les plus compliquées, parce que lorsqu’un élément se cassait on était obligé de tout recommencer. Maintenant, avec la technique du gaufrier ça prend une demi-journée. Bruno Driat explique :

“Les entrepreneurs, les industriels ont cherché améliorer la technique pour que les statues en fonte soient aussi belles que les statues en bronze. C’est moins cher. C’est la découverte de la société de consommation, du marché.”

La collection éclectique du “Paradis”, qui offre des statues académiques, des bustes modernes, des sculptures animalières, ainsi que des éléments de cheminées et autres luminaires, est un lieu de rencontre de l’art et de l’utile.

Fonte : le bronze du peuple

C’est avec l’arrivée de Durenne que l’usine se lance dans la fonderie d’art sans que la dimension industrielle ne disparaisse pour autant. Durenne travaille avec plusieurs artistes comme Albert Carrier-Belleuse, qui fût le maître d’Auguste Rodin et le directeur de la manufacture de Sèvres. XXXX Rodin reproche à Carrier-Belleuse de faire de “l’art pour plaire” et non pas de “l’art pour l’art”. Bruno Driat pour qui la sculpture est devenue une vraie passion il y a 35 ans explique :

“A partir des années 1860 on fabrique pour la consommation, pour un public large – c’est à dire qu’on commence à fabriquer des objets utiles. Pourquoi on appelle-t-on ça les beaux-arts appliquées à l’industrie ? Tout simplement, parce que l’art est séparé de l’industrie, et que les gens veulent en acheter. L’art s’est démocratisé.”

Comme l’explique Bruno Driat, les progrès réalisés dans la fonte ont permis de faciliter cette démocratisation :

“La bronze représentait le chic, la fonte était difficile à façonner. Pendant très longtemps on a dit aux industriels que les statues en fonte étaient moches. Par conséquent, les fondeurs ont tenté de prouver qu’ils pouvaient fabriquer des piéces en fonte équivalentes à celles en bronze.”

La fontaine d’Auguste Bartholdi à Washington est un exemple du décalage entre les exigeances du public et les espoirs d’un artiste. Bartholdi qui a aussi travaillé avec Durenne a fabriqué la grande fontaine pour l’Exposition Universelle de Philadelphie dediée au centenaire de l’indépendance des Etats-Unis. Lorraine Thil, une jeune habitante du village, toujours prête à accompagner des visiteurs au “Paradis” détaille l’épisode de la fontaine de Bartholdi :

“C’était aussi un grand chef-d’oeuvre parce que la fontaine marchait à l’électricité. On était fiers de cette fontaine à l’époque et on pensait qu’on allait en vendre beaucoup à Philadelphie d’autant qu’elle fonctionnait à l’électricité. Malheureusement, on n’en a vendu aucune à Philadelphie.”

Le sculpteur comptait vendre 50 à 60 de ces fontaines fabriquées à Sommevoire. Le désespoir de Barholdi qui n’a pas pu récupérer l’argent dépensé pour réaliser son projet a été compensé par ses fréres franc-maçons. Ils se sont rendus au Sénat américan pour convaincre l’architecte des batîments d’acheter au moins une fontaine. Le gouvernement américain a finalement acheté la fontaine qui se trouve au pied du Capitole, comme un bijou gigantesque et inutile.

Ekaterina Agafonova et Ksenia Gulia.

La fièvre de la truffe s’est emparée de Blumerey en Haute-Marne

Lorsqu’on parle de truffe, ce champignon rare et raffiné, on pense d’emblée au Périgord en oubliant parfois qu’on la trouve ailleurs sur le territoire français, en Haute-Marne notamment. Au début du 20ème siècle elle se classait dans le peloton de tête des départements producteurs avec 18 tonnes par an.  À Blumerey où on la récolte depuis des générations, une fièvre de la truffe s’est emparée de certains de ses habitants.

Le début de cette histoire a très probablement dû se passer chez Bob qui fait office de café depuis que le dernier de Blumerey a fermé au début des années 70. Son ami, le vibrionnant David, lui rend souvent visite et ils échangent en compagnie d’autres copains autour d’un verre sur les derniers ragots du village. Il y a un ou deux ans (l’information est invérifiable), David Péquenot est arrivé chez Bob porteur d’une nouvelle extraordinaire : il y a des truffes à Blumerey ! Il s’explique :

« Quand le receveur des postes de Doulevant-le-Château est parti en retraite, il a remercié 4 ou 5 personnes de Blumerey avec qui il avait organisé une filière de vente de truffes à des restaurants parisiens. »

Le secret était-il si bien gardé depuis des siècles pour que la « bande à Bob » l’ignore ? Peu importe. Bob, David et leur copain Gilles, ancien facteur et chasseur de champignons émérite ont alors commencé à échafauder des plans : achat d’un chien truffier, mise en place d’une filière de vente, organisation de repas gastronomiques, etc. En ces temps difficiles, tout est bon pour arrondir les fins de mois. En ce mois d’août 2012, la bande de copains n’a toujours rien récolté. Bob explique :

« Il nous faudrait d’abord un chien, l’idéal serait un Lagotto-Romagnollo, un chien originaire de Romagne en Italie. Le problème c’est qu’il coute très cher et on a toujours pas l’argent pour le payer. »

La truffe est un champignon très parfumé qui pousse dans les racines de certains arbres, souvent le chêne, le noisetier, certains tilleuls etc. David est intarissable sur la question de la truffe. Il se réfère à un document qu’il a lu sur la question :

« On ne trouve pas les truffes partout. Il faut des sols riches en calcaires à au moins 70 %. »

Deux principales variétés de truffes existent en France : la truffe de Bourgogne ou tuber uncinatum, celle qu’on trouve en Haute Marne et la truffe noire, tuber mélanosporum. Selon David, la truffe de Bourgogne se vend aux alentours de 300 euros le kilo contre 600 à 900 euros le kilo pour la truffe noire.

Un couple de trufficulteurs pas comme les autres

Je comprends vite qu’il ne faut pas compter sur Bob et David pour manger des truffes. J’apprends par une habitante du village que la maison d’hôtes de Nully, le village d’à côté sert des truffes à sa clientèle. Monsieur et madame Dauphin, les maîtres de maison anéantissent mes espoirs de goûter au « diamant gris » : ils ont épuisé leur stock et la saison des truffes ne commencera qu’en septembre et jusqu’à fin décembre. Les Dauphins me montrent les arbres qu’ils ont planté dans leur jardin sous lesquelles ils espérent y récolter de la truffe un jour :

« Nous les avons plantés en 2003. Il faut attendre en moyenne dix ans pour y trouver des truffes. Il commence à y avoir des brûlés sous les arbres en question, ce qui veut dire que l’an prochain nous en récolterons probablement. »

, La truffe est une passion pour Monsieur et Madame Dauphin :

« Nous avons dressé deux chiens truffiers. Le plus souvent, nous servons nos truffes pour les clients de notre maison d’hôtes. Notre priorité n’est pas de vendre ces champignons mais si nous en avons assez, ça arrive que nous vendions l’excédent. »

Et ajoute :

« Au printemps 2009, nous avons planté dans la forêt un hectare d’arbres traités en laboratoire. Nous espérons y trouver des truffes dans à peu près dix ans. »

La truffe aura sûrement encore de beaux jours devant elle en Haute-Marne. Bob, David et Gilles ne veulent pas échapper à cette contribution mais devraient peut-être cesser leurs palabres et partir dans les bois en quête du fameux « diamant gris ».

Diénéba Dème.

Les aventures de Mademoiselle « WHO », paysanne chinoise en Haute-Marne (1/2)

Pour la deuxième année consécutive, une étudiante chinoise est tombée de son vélo dès son arrivée en Haute-Marne dans le cadre de son stage d’intégration à l’École Supérieure de journalisme de Lille (ESJ-Lille). Après une nuit passée à l’hôpital de Chaumont, elle a pu retrouver ses camarades dans leur camp de base de Blumerey. Privée de vélo, elle a pu observer la vie dans une campagne française avec l’acuité d’une paysanne née dans un petit village de parents agriculteurs. Voici son récit :

Profondément athée, je suis néanmoins convaincue qu’il doit être de l’intention de Dieu de faire chuter les Chinoises sur les routes de Haute-Marne. Bien que ma tête fût pansée comme une momie après mon accident, je me suis amusée à corriger les infirmières de l’hôpital de Chaumont, elles écorchaient continuellement la prononciation de mon nom en m’appelant Mademoiselle U tel l’ancien secrétaire général du Parti Communiste Français. « Mon nom se prononce comme le mot anglais « Who» pas « U » », ne me lassé-je jamais de répéter depuis mon arrivée en France. Sachez que je porte le mon du petit village où je suis née. Et ses mille habitants portent également le même nom : HU à prononcer comme le célèbre groupe de rock anglais. Et je veux qu’on prenne très au sérieux la prononciation du nom du village qui m’a vue grandir.

« As-tu des sœurs ou des frères ? » Les Hauts-Marnais aiment bien me poser cette question d’un air nonchalant, sirotant leur café, le regard flottant l’air de tourner autour du pot. La question de l’enfant unique suscite toujours la curiosité des Français et je me fais un malin plaisir à leur répondre que j’ai une petite sœur de 13 ans. « Ah… » disent-ils le café à la main, soudain intéressés par ma réponse. À ce moment de la conversation, j’attends toujours quelques secondes avant de leur marteler ma réponse en observatrice perspicace :

« Parce que je suis née à la campagne où mes parents ont le droit d’avoir deux enfants. »

Mon interlocuteur est rassasié. Il est à nouveau à son aise, conscient d’avoir avoir trahie sa curiosité maladive en ayant voulu m’interroger sur le thème tabou de l’enfant unique.

Oui, je suis chinoise et non, je ne suis pas enfant unique. Mais si j’avais été un garçon, mes parents paysans n’auraient pas pu avoir de deuxième enfant. Bien que satisfaite de cette discrimination positive vis à vis de la campagne et des filles, ma maman, aux ordres de la mairie, fût contrainte d’attendre l’âge obligatoire de 33 ans pour pouvoir porter son deuxième après avoir obtenu son deuxième permis d’accouchement. Il y encore 10 ans, on pouvait voir flotter à l’entrée de mon village des banderoles rouges avec des slogans en caractères noirs : « le plan familial est la principale mesure politique en Chine » ou encore «  Mieux vaut qu’un couple n’ait qu’un seul enfant ». Vive la contraception !

Grande « fan » des différents slogans inscrits sur les banderoles ou peints sur les murs de tous les villages de Chine, j’aime énormément lire les petites phrases qui me tombent sous les yeux. Cette passion m’a parfois trompée. Enfant, j’étais persuadée que notre grand timonier Deng Xiaoping était un architecte dans le premier sens du terme, celui qui conçoit des maisons à force d’avoir lu chaque jour les slogans à sa gloire qui affirmaient qu’il était « l’architecte général du socialisme à la chinoise ». Son visage souriant et vieillissant me rappelle toujours ma tendre grand-mère octogénaire. À Blumerey, cette réminiscence de l’enfance me pousse à la recherche de slogans dans le village, qu’ils soient propagandistes, moralistes ou publicitaires. Je n’en ai trouvé aucun. Sauf autour d’une table à l’heure de l’apéro ou du dîner : « honte à ceux qui profitent du système de la sécurité sociale », « les écolos défendent des valeurs importantes » voire même « vive le Tibet libre ! ».

Paysans engagés

Malgré ma convalescence, j’ai quand même pu me promener en dehors de Blumerey. À Sommevoire, j’ai rencontré Laurent Cartier, agriculteur de 58 ans qui a fait des études d’ingénieur et d’agriculture à Lille. Il gère maintenant 200 hectares de terres et une quarantaine de vaches. Secrétaire national de la Confédération paysanne de 1992 à 1996, ce « grand orateur politique » selon sa fille cherche toujours à défendre les intérêts des petites exploitations.

Pour ne pas me tromper, je lui demande à deux reprises s’il est très engagé politiquement. Parce que pour moi qui suis fille de paysans, l’engagement politique et les agriculteurs sont deux termes presque antinomiques. La notion de syndicat est un concept étranger pour nous Chinois à une époque où le culte de la stabilité politique l’emporte sur tout. L’union fait la peur et non pas la force.

« On est tous des étrangers sur la terre, il ne faut pas avoir peur des étrangers et nous devons tous nous intégrer et coopérer » me dit Laurent Cartier. Ces propos philosophiques dans la bouche de cet homme éduqué qui possède une ferme qui me paraît immense quand je la compare à celle de mes parents qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’université me donnent le sentiment d’être baignée dans un monde futuriste. À l’autre bout du continent euro-asiatique, les habitants du Village de Hu commencent à louer des terres aux autres et déménagent dans les villes, à l’exemple de la campagne française il y a peut-être 50 ans.

Complexes de filles d’agriculteurs

Depuis que je suis enfant, j’ai toujours eu du mal à définir la profession de mes parents. Les paysans sont ceux qui vivent à la campagne et possèdent un peu de terres cultivables, de 500 à 1500 mètres carrés. Depuis que le Parti communiste a « libéré » le peuple chinois des « trois montagnes » que sont « le féodalisme, l’impérialisme et la bureaucratie », la terre a toujours été la propriété de l’État et de la collectivité. Être paysan n’est pas un métier, par ailleurs on ne vit pas vraiment de l’agriculture.

Mon papa travaille sur les chantiers de construction dans les villes et rentre chez nous tous les deux mois. Je l’imaginais comme un grand ouvrier du bâtiment quand j’étais à l’école primaire en regardant les manuels scolaires qui ne font que les éloges des « oncles ouvriers ». Un jour ma maman a anéanti mes illusions : « bien sûr que ton papa n’est pas ouvrier. Les ouvriers officiels travaillent pour l’état, gagnent beaucoup et auront la retraite à 60 ans ». Désormais, la légende des « ouvriers officiels » est révolue depuis la réforme des entreprises d’état. Mais le Parti communiste reste toujours « le groupe d’avant-garde des ouvriers » et le « représentant de la meilleure productivité en Chine ». Contradictoire comme toujours.

« Ma pauvre » m’a dit un jour une copine de Shanghaï avec un air pathétique quand je lui ai confié que je venais de la campagne. En 2006, à l’âge de 18 ans, je suis allée à Qingdao, une ville située sur la côte pour pour poursuivre mes études universitaires. Comme c’était la première fois que je me rendais dans une grande ville, j’ai eu honte de ne pas parvenir tout de suite à parler le Mandarin et de confier aux autres que j’étais fille de paysans. Malgré une situation économique bien meilleure en France, Annette, l’épouse de Laurent Cartier, psychologue de formation affirme qu’il existe ici aussi « un mépris à l’égard des paysans ». Leur fille cadette, Perrine, 25 ans, qui travaille dans le monde du spectacle, partageait mon embarras d’être la fille d’un agriculteur à son adolescence.

Lorsque je regarde Calou qui me loge à Blumerey expliquer à son fils qui est l’artiste belge Félicien Rops, je me rappelle ma mère qui l’autre jour avant que je ne quitte la Chine me racontait l’intrigue du plus grand roman classique chinois « Le Rêve dans le pavillon rouge ».

Hu Wenyan.

Le bon lait bio est arrivé à Sommevoire, Haute-Marne

Depuis la fin du mois de juillet, les vaches de Laurent Cartier et ses associés Roger Sicret et François Driat se sont vues décerner le label Agriculture Biologique (AB). Ils inscrivent ainsi le village de Sommevoire situé au cœur de la haute Marne dans le club restreint des producteurs de lait de vache biologique. Leur passage de l’agriculture conventionnelle au bio suscite intérêt et scepticisme de la part des fermiers de ce village.

C’est la fin de la journée. Laurent Cartier agriculteur depuis 30 ans enfile un tablier imperméable de couleur verte pour la traite du soir. Sur la centaine de bêtes qu’il possède, une quarantaine sont des vaches laitières. Ce sont Prim’Holstein, une race d’origine hollandaise.  La robe teinte de noire et de blanc, des grands yeux ronds, comme on en voit souvent sur l’emballage des produits laitiers. Les mamelles sont gonflées, certains trayons pissent déjà du lait .Mais pas n’importe lequel : du lait Bio ! Laurent Cartier explique :

« La première condition pour que lait soit labellisé bio, il faut que les bêtes se nourrissent essentiellement de produits naturels . Ils mangent essentiellement de l’herbe lorsque c’est la saison ; ajouté à  de la paille. Ils mangent du foin de notre ferme pour la partie Bio. »

Pour  nourrir ces colosses de plus d’une demi tonne qui avalent près de 20 kilos de nourriture par jour, Laurent Cartier et ses deux associés ont d’abord dû convertir leurs cultures fourragères en agriculture biologique. C’est en 2000 que Laurent Cartier et ses associés ont entrepris cette conversion. Aujourd’hui sur les 200 hectare de leur ferme, 140 hectares sont labellisés « bio ». Une grande partie sert à nourrir les vaches.

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Obtenir le label bio n’est pas une sinécure

Les  vaches sont conduites vers la salle de traite. Deux groupes de cinq sont introduits à dans des quais séparés par une fosse. Les trayeuses sont mises en marche. Un ventilateur fixé au plafond d’apparence anodine est un élément qui n’est pas sans utilité pour la production de lait bio comme l’explique Laurent :

« Le ventilateur, c’est pour les mouches, nous n’avons pas le droit d’utiliser d’insecticides. Tout doit être d’origine naturelle même pour les soigner nous devons utiliser des produits naturels. L’utilisation des antibiotiques par exemple est très limitée. »

Laurent a lancé la procédure de certification voilà plus de deux ans. L’agence de certification ECOCERT n’a relevé qu’une seule anomalie pour l’obtention du label : le taureau de la ferme ne sort jamais à l’air libre. « Pour des raisons de sécurité » selon Laurent qui a malgré tout pu obtenir la précieuse autorisation.

Plus de 750 litres de lait produit par jour

Chacune des vaches de Laurent produit en moyenne moins de vingt litres de lait par jour. Elles produisent moins de lait qu’une vache conventionnelle et leur lait coûte plus cher pour compenser cette différence. Laurent précise :

« Une différence de 100 euro comparée au lait standard, mille litres de lait bio sont achetés 450 euros chez le producteur. »

Laurent reçoit également l’aide de l’Union Européenne pour encourager une agriculture respectueuse de l’environnement mais aussi faire face aux cours mondiaux qui ont connus des baisses significatives ces dernières années :

« Il y a deux types aide de l’U.E, une pour tous les agriculteurs et une aide spécialement accordée aux agricultures bio. Avec ces deux aides (car toute ma ferme n’est pas bio), je reçois 60 000 euros par an. Dans cinq ans, cette aide sera baissée de moitié. »

Laurent ajoute :

« Mais le choix de l’agriculture bio n’est pas motivé par l’argent. C’est davantage une question de conviction. Et le jour où notre ferme a obtenue le certificat bio, j’ai éprouvé une joie comme jamais je n’en ai eue auparavant. C’est ce sentiment de sentir que je participe à la  préservation de l’environnement et que je contribue à moins polluer les nappes phréatiques. »

La question de l’attribution de l’aide aux agriculteurs bio dans le cadre des reformes de la nouvelle Politique Agricole Commune (PAC) de 2014 -2020 sera suivie avec intérêt par Laurent Cartier et ses associés.

Yahya Ali.

Bob, notre hôte en Haute-Marne collectionne le temps qui passe

Le marteau claque contre la cloche d’une horloge, une autre sonne quelques instants plus tard. Chez Bob, comtoises et œils de boeuf ne sont pas tous à l’heure. Dans ce galimatias, on oublie vite le son intrusif du mécanisme qui entraine les aiguilles. Claude Beaumont, dit « Bob », habitant du village Blumerey et ouvrier à l’usine voisine d’Eurofence accueille pour la deuxième année consécutive les étudiants étrangers de l’ESJ-Lille. Il se passionne pour ces  « juges silencieux du temps », les collectionne et les répare.

Dans sa maison, il y en a des dizaines. Voire plus. Il ne le sait pas lui-même. Des horloges d’un autre temps, des géantes aux pendules spéculaires qui nous regardent avec arrogance depuis leurs hauteurs. D’autres, plus petites, timides, se cachent dans l’étroitesse des étagères. Elles sonnent souvent, à intervalles irréguliers : pourrait croire que cet orchestre mécanique joue comme en rébellion contre le temps. Bob précise :

« Elles sonnent deux fois par heure et puis une fois par demi-heure. »

 Fascinante mécanique

Cette passion lui est venue par hasard, sur le tard. Au début des années 90 il a acheté une horloge défectueuse et a voulu la réparer :

« Je ne comprenais rien à son mécanisme et j’ai dû acheter un modèle équivalent pour pouvoir comparer et m’y retrouver. »

C’est surtout la mécanique qui attire Bob. Et même lorsqu’il évoque les plus anciennes de ses horloges qui datent du début du 19ème siècle, sa passion pour leurs mécanismes efface le charme du temps.  La plus vieille horloge à laquelle Bob a rendu la vie date du milieu du 18ème siècle. Bob peut définir l’époque d’une horloge à l’observation de son mécanisme. Il répare aujourd’hui une en une heure ce qui lui prenait une journée entière à ses débuts.

Au contraire des vendeurs qui tentent de se débarrasser des horloges anciennes, Bob les  accueille chez lui avec plaisir et intérêt. Selon Bob, l’engouement pour les antiquités est révolu :

« Il y a 25 ou 30 ans les gens s’intéressaient aux horloges, maintenant ce n’est plus vrai. »

La décoration des horloges n’intéresse pas tellement Bob mais il s’agite quand on évoque l’histoire des comtoises. Les caisses des horloges disparaissent peu à peu, mais la mécanique est toujours présente. Petit cours d’histoire :

 « A l’origine on attachait les mécanismes à nu sur le mur, ce n’est qu’après qu’on a commencé à inventer les caisses pour les y enfermer. On les fabriquait en sapin pour les comtoises, qui étaient faites en Franche-Comté où il y a beaucoup de sapins. Aux 18ème et 19ème siècles elles étaient décorées, peintes ou taillées par des artistes ».

Les horloges de parquet, droites, fabriquées en bois nobles étaient plutôt destinées à la noblesse et à la bourgeoisie. Mais dès le 19ème siècle on commence à offrir des comtoises aux jeunes mariés – comme il n’existait pas de montres-bracelets à l’époque, le seul fil, à l’exception du clocher du village, qui attachait les jeunes époux au temps était ce cadeau encombrant.

Face à face avec le temps

Il est rare qu’en entrant dans la maison de Bob l’hôte ne remarque pas la quantité des horloges, s’en étonne. Aurait-il peur de trouver dans le point d’intersection des aiguilles l’inflexibilité de la mort ? Bob a sa réponse :

 « C’est vrai que les gens n’aiment pas les horloges. Quand ils trottent tout le temps, les gens ont peur de vieillir. Avant, quand quelqu’un mourait, on arrêtait les horloges pour signifier que le temps du défunt s’était arrêté. Le rapport à la mort est différent aujourd’hui. On ne veut pas voir le mort, on ne veut pas toucher à la mort. »

Et ajoute :

« Enfant, je me souviens que ma mère était souvent appelée pour laver les morts. Ça ne se fait plus aujourd’hui. »

En Argentine où il vécut pendant près de 15 ans, dans son village de Blumerey, ou en Afrique où il aime à voyager, le temps s’y écoule toujours avec le même rythme. C’est peut-être là le secret de sa patience et de sa concentration lorsqu’il s’attèle à la tache :

 « Si on veut compter les heures qu’on passe en réparant les horloges, ça ne vaut pas la peine. »

Derrière cette passion, il y a un attachement au passé. Bob n’a jamais jeté une seule horloge, il les a toujours réparées. Pourquoi cet homme rond et bonhomme s’occupe-t-il de ces hôtes en bois, solitaires et fiers ?

« Financièrement ce n’est pas intéressant, mais sentimentalement, là tu passes du temps avec toi-même. »

Et de nous rappeler à nous qui parcourons la Haute-Marne à bicyclette ce jour de juillet 2005 lorsque le Tour de France est passé par Blumerey et que Bob a installé ses comtoises sur le bord de la route de l’entrée à la sortie du village :

« Nous voulions organiser non pas une épreuve « contre la montre » mais « contre la comtoise » pour valoriser le cycliste le plus lent avec le plus beau style. »

Ekaterina AGAFONOVA.

À Blumerey en Haute-Marne, la moisson 2012 est meilleure que prévue

Les agriculteurs de Blumerey sont rassurés. Après un hiver particulièrement rigoureux suivi d’un printemps pluvieux qui ont eu un impact négatif sur les récoltes, la moisson d’été a surpris tout le monde tant par sa qualité que sa quantité. Le cours des céréales est en plus très avantageux cette année pour les agriculteurs français. Reportage.

Le long d’un petit chemin, bordé de champs à perte de vue, nous marchons. Le soleil cogne. Le bruit des moissonneuses résonne, le trafic des tracteurs est incessant, la poussière qui se dégage des champs envahit l’horizon. À mesure que nous avançons, le bruit s’intensifie. Des mastodontes broient tout sur leur passage avec leur énorme rouleau métallique. Nous sommes à Blumerey en Haute-Marne et c’est la moisson.

Il est 15h30, David Leboeuf travaille depuis plus de deux heures sous un soleil accablant. Cet habitant de Blumerey laisse de côté son métier de maréchal-ferrant pour aider sa conjointe à moissonner son champ d’orge. L’air est sec. David en profite pour récolter le maximum car l’humidité empêche la machine de trier le grain correctement. La plus grande partie de son travail se déroule entre midi et 20h selon le temps qu’il fait. La moisson est parfois victime des caprices de la météo. Il parvient en 2h à remplir une benne de 23 tonnes. David se plaint des pluies tardives qui ont retardé la moisson :

« Cette année on a commencé la moisson le 14 juillet, c’est tard. »

Et pourtant, les six agriculteurs de Blumerey ont presque tous connu une hausse de leur production. Jean-Marc Moniot, le maire de Blumerey, lui même agriculteur, affirme sans ambages que la production de cette année est globalement en hausse comparée à l’année dernière.

“Après un hiver particulièrement rude qui a eu une incidence sur la production de blé et et d’orge, nous avons pu tout rééquilibrer avec l’orge de printemps grâce à une récolte quasi-record.”

Marine Moniot, sa fille, chargée des enregistrements chez le groupe Soufflet, nous confiera que les agriculteurs eux-mêmes sont surpris :

« Cette année les agriculteurs ne s’attendaient à rien du tout, ils pensaient avoir tout perdu. Il sont tous surpris par la production.”

Les cours des céréales sont eux aussi avantageux pour les agriculteurs. La mauvaise récolte des grands pays producteurs que sont l’Ukraine et la Russie, due à l’hiver trop rude fait l’affaire des agriculteurs de la région. Les cours actuels sont de 260 euros la tonne de blé et de 243 euros la tonne d’orge. Une augmentation de 8 à 10% par rapport à l’année dernière. La qualité, elle aussi, est nettement meilleure cette année. À la livraison de son orge, David Lebœuf est surpris :

« Le grain est relativement lourd, le calibrage est bon »

La récolte de David témoigne de l’état de la moisson 2012 dans la commune de Blumerey. Des résultats positifs contrairement aux attentes des agriculteurs et des entreprises spécialisées dans la récolte.

Emmanuel Ekouli et Meryem Driouch.