Laurent Cartier, agriculteur bio à Sommevoire : « je me réjouis de ne pas contribuer à cette pollution de l’environnement »

La Haute-Marne compte une soixantaine de fermes biologiques sur les 3000 exploitations agricoles installées dans le département. L’une d’elles se situe à Sommevoire près de notre camp de base de Blumerey. Laurent Cartier et ses deux associés possèdent 200 hectares de terres dont 140 sont labellisées bio.

Laurent Cartier, 58 ans, a donné un sens à son métier d’agriculteur qu’il résume en deux phrases :

« La première satisfaction que l’agriculture biologique me rapporte, c’est d’arriver à vivre de mes productions. Quand on analyse l’eau par exemple, il y a toutes sortes de produits chimiques, je me réjouis de ne pas contribuer à cette pollution de l’environnement. »

Le monde de l’agriculture biologique n’est pas sans difficultés. Laurent Cartier aime cet univers, il s’est habitué aux incertitudes qu’il comporte :

« Ce que je crains le plus avec nos cultures, c’est la non maîtrise du salissement des parcelles. Puisque notre principe premier est de ne pas utiliser de produits chimiques, nous avons d’autres méthodes pour lutter contre les mauvaises herbes. Souvent il y en a beaucoup et nous dépensons plus de temps et plus d’énergie que prévu. Si la machine ne peut pas tout enlever, nous utilisons nos mains. »

Laurent consacre une partie de ses cultures aux plantes légumineuses qui vont lui servir à nourrir ses 42 vaches qui qui produisent du lait certifié bio :

« Beaucoup des surfaces que nous cultivons servent à nourrir les bêtes qui produiront ensuite le lait bio (environ 120 à 125 ha). Le reste c’est du blé meunier qui sert à faire du pain bio ou du maïs. Pour éviter les maladies, nous alternons les cultures sur les mêmes endroits. »

Les débuts de l’agriculture biologique en France sont marqués par la création de l’association Française pour l’agriculture biologique (AFAB) en 1962. À Sommevoire, Laurent et ses associés font partie de plusieurs associations et regroupements de paysans. Dans le village, il existe la coopérative d’utilisation de matériels agricoles (Cuma). Dans ce contexte, il n’y a aucune distinction entre les méthodes de culture. Ils bénéficient d’une aide spécifique de l’État pour l’agriculture biologique. Elle s’élève à 20 000 euros pour les 200 hectares par an pendant 5 ans.

Jean-Georges Barbier, agriculteur conventionnel à Sommevoire s’intéresse aux méthodes biologiques pour remettre en état ses sols :

 « Je ne suis pas prêt à me convertir à l’agriculture biologique puisqu’il y a beaucoup plus de risques qu’en conventionnel. Je prends l’exemple des mauvaises herbes, il suffit que je mette un peu de désherbant chimique ou des insecticides pour tuer les insectes. Par contre j’adopte les méthodes biologiques de fertilisation des sols en plantant des légumineuses et j’essaie d’utiliser moins de produits chimiques ».

M. Barbier résume sa perception du bio en ces mots :

« Si tout le monde fait du bio, il y aura une famine en France. Il faut qu’il y ait une diversité et une garantie de production suffisante pour tous. C’est bien de faire du bio mais il ne faut pas rêver, cette pratique a aussi ses limites. »

Laurent Cartier défend la méthode biologique en ces termes :

« Les agriculteurs bio produisent moins qu’en méthode classique. Le prix de nos produits est multiplié par deux. »

Son associé Georges Sicret, un enseignant de collège reconverti dans l’agriculture, pense que cette cherté des produits biologiques est relative :

« Il y a tout un travail d’éducation à faire pour que les gens adoptent le bio dans leur consommation. Tout le monde se plaint de la cherté de ces produits. Moi je pense qu’on dépenserait moins si on achetait moins de viande. J’ai déjà fait l’expérience puisque je consomme bio le plus possible. »

Diénéba Dème.

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