La fièvre de la truffe s’est emparée de Blumerey en Haute-Marne

Lorsqu’on parle de truffe, ce champignon rare et raffiné, on pense d’emblée au Périgord en oubliant parfois qu’on la trouve ailleurs sur le territoire français, en Haute-Marne notamment. Au début du 20ème siècle elle se classait dans le peloton de tête des départements producteurs avec 18 tonnes par an.  À Blumerey où on la récolte depuis des générations, une fièvre de la truffe s’est emparée de certains de ses habitants.

Le début de cette histoire a très probablement dû se passer chez Bob qui fait office de café depuis que le dernier de Blumerey a fermé au début des années 70. Son ami, le vibrionnant David, lui rend souvent visite et ils échangent en compagnie d’autres copains autour d’un verre sur les derniers ragots du village. Il y a un ou deux ans (l’information est invérifiable), David Péquenot est arrivé chez Bob porteur d’une nouvelle extraordinaire : il y a des truffes à Blumerey ! Il s’explique :

« Quand le receveur des postes de Doulevant-le-Château est parti en retraite, il a remercié 4 ou 5 personnes de Blumerey avec qui il avait organisé une filière de vente de truffes à des restaurants parisiens. »

Le secret était-il si bien gardé depuis des siècles pour que la « bande à Bob » l’ignore ? Peu importe. Bob, David et leur copain Gilles, ancien facteur et chasseur de champignons émérite ont alors commencé à échafauder des plans : achat d’un chien truffier, mise en place d’une filière de vente, organisation de repas gastronomiques, etc. En ces temps difficiles, tout est bon pour arrondir les fins de mois. En ce mois d’août 2012, la bande de copains n’a toujours rien récolté. Bob explique :

« Il nous faudrait d’abord un chien, l’idéal serait un Lagotto-Romagnollo, un chien originaire de Romagne en Italie. Le problème c’est qu’il coute très cher et on a toujours pas l’argent pour le payer. »

La truffe est un champignon très parfumé qui pousse dans les racines de certains arbres, souvent le chêne, le noisetier, certains tilleuls etc. David est intarissable sur la question de la truffe. Il se réfère à un document qu’il a lu sur la question :

« On ne trouve pas les truffes partout. Il faut des sols riches en calcaires à au moins 70 %. »

Deux principales variétés de truffes existent en France : la truffe de Bourgogne ou tuber uncinatum, celle qu’on trouve en Haute Marne et la truffe noire, tuber mélanosporum. Selon David, la truffe de Bourgogne se vend aux alentours de 300 euros le kilo contre 600 à 900 euros le kilo pour la truffe noire.

Un couple de trufficulteurs pas comme les autres

Je comprends vite qu’il ne faut pas compter sur Bob et David pour manger des truffes. J’apprends par une habitante du village que la maison d’hôtes de Nully, le village d’à côté sert des truffes à sa clientèle. Monsieur et madame Dauphin, les maîtres de maison anéantissent mes espoirs de goûter au « diamant gris » : ils ont épuisé leur stock et la saison des truffes ne commencera qu’en septembre et jusqu’à fin décembre. Les Dauphins me montrent les arbres qu’ils ont planté dans leur jardin sous lesquelles ils espérent y récolter de la truffe un jour :

« Nous les avons plantés en 2003. Il faut attendre en moyenne dix ans pour y trouver des truffes. Il commence à y avoir des brûlés sous les arbres en question, ce qui veut dire que l’an prochain nous en récolterons probablement. »

, La truffe est une passion pour Monsieur et Madame Dauphin :

« Nous avons dressé deux chiens truffiers. Le plus souvent, nous servons nos truffes pour les clients de notre maison d’hôtes. Notre priorité n’est pas de vendre ces champignons mais si nous en avons assez, ça arrive que nous vendions l’excédent. »

Et ajoute :

« Au printemps 2009, nous avons planté dans la forêt un hectare d’arbres traités en laboratoire. Nous espérons y trouver des truffes dans à peu près dix ans. »

La truffe aura sûrement encore de beaux jours devant elle en Haute-Marne. Bob, David et Gilles ne veulent pas échapper à cette contribution mais devraient peut-être cesser leurs palabres et partir dans les bois en quête du fameux « diamant gris ».

Diénéba Dème.

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